L’arrivée de House of Cards, première série prestigieuse diffusée sur la plateforme Netflix sans aucun accord avec d’autres chaînes de télévision américaines, constitue un des évènements forts de 2013, et une petite révolution dans la façon de produire et de diffuser des séries. Depuis le 1er février, Netflix a en effet mis en ligne les 13 premiers épisodes de la première saison de House of Cards d’un coup, à la disposition de ses 33 millions d’abonnés. Alors, que vaut cette arrivée en puissance de la plus puissante plateforme de VOD américaine ?
Produite et réalisée pour le premier épisode par David Fincher, House of Cards est un remake d’une mini-série éponyme de la BBC basée sur une nouvelle de Michael Dobbs. La série est centrée sur le parcours de Frank Underwood, vieux renard de la politique installé au Congrès depuis de nombreuses années. Interprété par Kevin Spacey, qui signe un retour magistral, Frank subit une trahison politique qu’il n’a pas vu venir de la part du nouveau Président des Etats-Unis, Garrett Walker. Alors qu’il avait promis à ce très proche collaborateur le poste de secrétaire d’Etat, Walker opte pour un autre nom au dernier moment, informant Frank de son changement de stratégie par l’entremise d’une de ses sbires. Le choc est terrible pour Frank, qui réfléchit alors avec sa femme (Robin Wright) à un nouveau plan pour accéder à la Maison Blanche et rendre à Walker la monnaie de sa pièce. Des têtes vont tomber…
Kevin Spacey, animal politique
Tout dans House of cards transpire la volonté de réaliser un nouveau chef-d’oeuvre de série politique : le casting, la réalisation ou encore le scénario se donnent les moyens de concurrencer l’étalon en la matière, The West Wing (A la Maison Blanche). Que dire de l’interprétation de Kevin Spacey ? A la manière d’un Kevin Bacon dans The Following, il effectue un come-back tonitruant et éclabousse l’écran de son talent avec une aisance assez fascinante. Il maîtrise par exemple beaucoup mieux l’exercice casse-gueule du monologue face caméra que Don Cheadle dans House of Lies. Kevin Spacey évolue certes dans un registre, le cynisme et la manipulation, qui a fait sa gloire au cinéma, de Usual Suspects à Seven en passant par American Beauty et au récent Margin Call. Mais il le fait avec un tel génie qu’on se laisse volontiers embarquer dans le monde impitoyable de Frank Underwood. Autour de lui, de sérieux seconds rôles servent sa composition, à commencer par la toujours trop rare Robin Wright, femme du monstre politique et conseillère avisée. Quand dans Boss, autre série politique d’une très grande qualité, Tom Kane se trouvait dans une colocation forcée avec une femme qui le méprise, Frank Underwood peut compter sur un soutient de tous les instants de la part de Claire. Le couple travaille dans la même direction et possède le même sens aiguisé de la politique.
Parallèlement au jeu de dupe auquel Frank se livre à Washington, House of Cards plonge aussi dans les coulisses d’un journal hebdomadaire réfractaire aux nouvelles technologies (un petit clin d’oeil de Netflix aux chaînes de télé ?), et plus particulièrement dans la vie d’une journaliste stagiaire ambitieuse (interprétée par Kate Mara) qui jouera un rôle important dans les manipulations politiques de Frank. Dans ce premier épisode de House of Cards, on assiste donc à la mise en place d’une partie d’échec, orchestrée dans l’ombre par un homme qui avance doucement ses pions tout en faisant le dos rond auprès de la Maison Blanche. Mis à part les monologue de Kevin Spacey, on peut reprocher à House of Cards un certain classicisme dans la réalisation et dans le traitement d’un sujet – la politique – qui vient d’être brillamment dépoussiéré par Boss, ou massacré par Political Animals. Cela dit, en optant pour une réalisation haut de gamme assez classique, la série prend ainsi le parti de durer, et pourra sans doute se regarder dans quelques années sans avoir pris une ride. Reste à savoir si elle aura des choses aussi passionnantes qu’A la Maison Blanche à nous raconter.
-House of Cards, saison 1 de 13 épisodes en ligne sur Netflix, bientôt sur Canal +.














Excellente critique, ça donne vraiment envie ! En tout cas cette série a l’air d’avoir une vraie identité. Même moi qui d’habitude n’aime pas les séries politiques, je suis assez tentée.
Merci Marion pour cette critique.
Je n’ai pas encore vu la série (elle est sur mes tablettes), mais je suis clairement bluffé par le business modèle de Netflix sur ce projet.
Ils sont potentiellement en train de révolutionner la manière de convenir les séries et de les « consommer ».
Il y a quelques Network qui doivent avoir en ce moment les genoux qui tremblent.